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16/05/2012

L’Origine Africaine de la Philosophie : Mythe ou Réalité ? Par Molefi Kete Asante



Les pyramides de Nubie

Il existe une croyance communément admise chez les Blancs,  selon laquelle la philosophie proviendrait des Grecs.
Cette idée est si répandue que la plupart des livres consacrés à celle-ci font tout commencer avec les Grecs comme si les Grecs servaient de point de repère pour tout les autres peuples quand il s’agit de discourir au sujet des concepts de beauté, d’art, de numérologie, de sculpture, de médecine ou d’organisation sociale. En fait, ce dogme occupe une position centrale dans les systèmes académiques occidentaux et cela englobe aussi les différentes universités et académies d’Afrique
Cela fonctionne à peu près de cette manière :
La philosophie est la plus prestigieuse des disciplines
Toutes les autres disciplines proviennent de la philosophie.
La philosophie est une création des Grecs.
Les Grecs sont des Blancs.
Les Blancs sont donc les créateurs de la philosophie.
Observés à travers ce présupposé, les autres peuples, les autres cultures peuvent certes, développer des formes de pensées, comme le Chinois Confucius, mais elles ne sont pas forcément assimilables à une philosophie. Le Peuple Africain peut très bien avoir une religion, des mythes, mais pas de philosophie, si nous continuons à suivre ce même mode de raisonnement. Il est clair qu’une telle notion privilégie les Grecs, dans la recherche de l’origine de la plus prestigieuse des sciences, la philosophie.
Ce type d’analyse pose un sacré problème. L’information, en elle-même, est fausse. Aussi loin que l’érudition savante peut révéler l’origine du mot philosophie, il apparait que celui-ci ne provient pas de la langue grecque, bien qu’il fut introduit dans la langue française par l’intermédiaire du grec. Selon les dictionnaires étymologiques du grec, l’origine de ce mot est inconnue. C’est uniquement le cas, si on recherche cette origine en Europe. La plupart des Européens qui écrivent des livres sur l’étymologie ne considèrent pas le Zulu, le Xhosa, le Yoruba ou l’Amharique, lorsqu’ils parviennent à se déterminer au sujet de ce qui est connu  et de ce qui est inconnu. Ils n’imaginent jamais qu’un terme utilisé dans une langue européenne puisse provenir d’Afrique.
Le mot philosophie tel qu’il nous parvient par l’intermédiaire du grec, comporte deux parties, « philo » qui signifie frère ou amoureux et « sophia » qui veut dire la sagesse ou le sage. Ainsi, un philosophe est en fait, appelé un « amoureux de la sagesse. »
Ce mot, « Sophia », provient d’une langue africaine, les Mdw Ntr, la langue de l’Ancienne Egypte, où le mot « Seba » signifiant « le sage » apparait pour la première fois en 2052 avant J.-C. dans la tombe d’Antef I, bien longtemps avant l’existence de la Grèce et du Peuple Grec. Ce mot évolua en « Sebo » en copte et en « Sophia » dans la langue grecque. De la même façon que le Philosophe signifie étymologiquement, « l’amoureux de la sagesse », « Seba », signifie le Sage, dans les écrits figurant dans les anciennes tombes des Egyptiens.
Diodore de Sicile, l’écrivain grec, dans « De l’Egypte » écrit au 1er siècle avant le Christ, dit que ceux qui sont « honorés parmi les Grecs pour leur intelligence et leur savoir, allèrent en Egypte durant les temps anciens où ils s’imprégnèrent des us et coutumes du pays, tout en reçevant des enseignements. Les prêtres d’Egypte ont conservé dans leurs textes sacrés, le fait que dans les Temps Anciens, ils reçurent la visite d’Orphée, Musaios, Mélampos, Dédale, avant le  poète Homère, Lycurgue de Sparte, Solon l’Athénien et Platon le Philosophe, Pythagore de Samos, ainsi que le mathématicien Eudoxe, aussi bien que Démocrite d’Abdère et Oenopide de Chios. »

Platon, 430 avant J.-C.
Il est évident que de nombreux Grecs qui étudièrent la philosophie allèrent faire leur apprentissage en Afrique. Ils y allèrent pour de nombreuses raisons, toutes d’ordre intellectuel. On peut constater que les Grecs appréciaient le fait qu’en Egypte il y avait des hommes et des femmes excessivement doués et possédant un  grand savoir, tout comme les Egyptiens appréciaient le fait qu’il y avait en Ethiopie des hommes et des femmes possédant des connaissances encore plus vastes.
Hérodote nous dit dans ses écrits du 5ème siècle avant J.-C. dans « L’Enquête », Livre II, que les Ethiopiens disaient que les Egyptiens n’étaient rien d’autre qu’une de leurs colonies. Bien sûr, aujourd’hui un Système Global de Falsification de l’histoire, des expériences et de la connaissance sur le Peuple Africain, créé pendant les cinq cent dernières années correspondant à la Conquête Européenne, demeure en place. Une rhétorique basée sur le déni de l’intelligence africaine fut développée dans le but de légitimer la mise en coupe réglée du continent noir. Cet action se situa au plus fort de la conquête européenne de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique. La Colonisation n’était pas qu’une question purement foncière. Il s’agissait aussi de coloniser l’information au sujet de la terre dont il était question. Je pense que les Anciens en savaient beaucoup plus que nos contemporains,  au sujet de l’importance de l’émigration pour des raisons liées à l’éducation, des non-africains sur le continent noir.
L’Allemagne, la France, l’Angleterre, l’Italie, les Etats-Unis ou l’Espagne n’existaient pas encore. Elles n’étaient donc pas là pour disserter au sujet du moment à partir duquel les Grecs commencèrent à voyager en Afrique pour leurs études. En fait, ces derniers allèrent d’abord en Afrique et ensuite, ils retournèrent en Grèce créer l’Age d’Or de la Grèce. Celui-ci ne peut pas être situé avant, mais plutôt après leurs études en Egypte où ils reçurent une éducation très sophistiquée. Ce que je veux dire, c’est qu’ils ont du aller en Afrique et étudier auprès de l’Ancienne Egypte, auprès des Hommes Noirs, dans le but d’apprendre la médecine, les mathématiques, la géométrie, l’art, etc… C’était bien avant la naissance d’une quelconque Civilisation Européenne.
Pourquoi est-ce que les philosophes grecs étudièrent en Afrique ? Thalès, le premier philosophe grec et le premier d’entre eux qui a étudié en Afrique, dit avoir appris la philosophie auprès des Egyptiens. Les Grecs étudièrent en Egypte parce que celle-ci était le Centre Intellectuel de l’Antiquité. Pythagore a passé vingt deux ans en Afrique. On peut obtenir une sacré formation en vingt deux ans, peut-être même aller jusqu’au doctorat ! Les Grecs voulaient mettre la main sur les recherches philosophiques que les Egyptiens avaient entreprises. Quand Isocrate évoqua ses années de formation dans le livre Busiris, il dit : « j’ai étudié la philosophie et la médecine en Egypte. » Il n’a pas étudié ces sujets en Grèce, en Europe, mais en Egypte, c’est à dire en Afrique.

Imhotep, 2700 avant J.-C.

Non seulement le mot « philosophie » n’est pas grec, mais la pratique elle-même désignée sous ce nom, existait bien avant les Grecs. Imhotep, Ptahotep, Amenemhat, Merikare, Douaouf, Amenhotep fils de Hapou, Akhenaton, et le sage de Khounanoup, sont des philosophes africains qui vécurent bien avant que la Grèce exista et bien avant l’existence des philosophes grecs.
Les Africains arrêtèrent de construire des pyramides en 2500 avant J.-C., 1700 ans avant que Homère, le premier écrivain grec n’apparaisse.
Et quand celui-ci commença à écrire l’Iliade, il ne consacra pas de temps, en guise de prélude, à disserter sur les événements qui avaient eu cours en Afrique. Les Dieux Grecs se rencontraient en Ethiopie. On dit de Homère qu’il a passé sept ans en Afrique. Qu’a t-il pu apprendre dans ces écoles avec ces enseignants pétris de sagesse ? Il a très bien pu apprendre le droit, la philosophie, la religion, l’astronomie, la littérature, la science politique et la médecine.
Les Africains n’ont pas attendu les Grecs pour concevoir la construction des pyramides. Pourriez-vous imaginer les Egyptiens dans les carrières sur les bords du Nil en 2500 avant J.-C., se mettant à spéculer au sujet de la venue d’un Européen qui viendrait les aider à mesurer la circonférence de la terre, à évaluer la force du vent, à mesurer la profondeur, à calculer le lever héliaque de Serpet (Sirius), ainsi que l’inondation du Nil et à faire des diagnostics sur telle ou telle maladie ?
Si on se réfère à Hérodote dans « L’Enquête », Livre II, les Colchidiens  étaient des Egyptiens « parce que comme les Egyptiens ils ont la peau noire et les cheveux crépus. » Aristote dit dans « Physiognomonica », que « les Egyptiens et Ethiopiens sont excessivement noirs. »

Colloque du Caire

Guidée par le Pharaon de l’Histoire Africaine, Cheikh Anta Diop, une nouvelle génération d’universitaires a émergé pour remettre en question tous les mensonges qui furent émis à propos de l’Afrique et des Africains. C’est eux, comme le dit le poète Haki Madhubuti, qui défient la peur, plutôt que de courber l’échine sous son poids. Ils sont par là, la référence absolue, pour ce qui est du courage et de l’engagement.
A la grande conférence de 1974 organisée par l’UNESCO sur « le peuplement de l’Egypte Ancienne, » au Caire, deux Noirs, Diop et Théophile Obenga, ont déchiré le rideau de la crainte et de la soumission et quand ils ont fini de présenter leurs conclusions, ils avaient déconstruits tous les mensonges qui étaient habituellement proférés au sujet des Africains. En faisant appel à la science, à la linguistique, à l’anthropologie, à l’histoire, ces deux géants intellectuels ont démontré que les Anciens Egyptiens étaient des Noirs. Ils ont fait usage d’un test relatif à la mélanine sur la peau d’une momie, aux peintures murales des tombes, à la comparaison avec les autres langues africaines, ainsi qu’aux témoignages des Anciens.
Un fait pour moi est très intéressant : Le fait que les Anciens Grecs en savaient beaucoup plus que les Européens d’aujourd’hui. Ces derniers, en effet, se perdent dans d’interminables conjectures, au sujet du fait que les Anciens Egyptiens, bien avant la venue des Grecs, Romains, Arabes et Turcs en Egypte, étaient Africains, c’est à dire Africains à la peau noire.
Aristote, le philosophe, a écrit dans son livre, Physiognomonica, que « les Ethiopiens et les Egyptiens sont excessivement noirs. » Hérodote ajoute que les Anciens Egyptiens avaient « la peau noire et les cheveux crépus. »
La couleur des Anciens Egyptiens importe peu ; cela ressurgit parce qu’on trouve toujours un Blanc qui adhère à l’idée selon laquelle les Africains ne peuvent pas avoir construit les pyramides et sûrement pas d’ailleurs… des Africains Noirs. Bien sûr, tout le  monde devrait savoir que les Egyptiens étaient des Africains, mais le fait est qu’ils n’étaient pas seulement Africains, ces Egyptiens-là avaient la peau noire et les cheveux crépus.
La philosophie commence tout d’abord avec le Peuple Noir de la Vallée du Nil aux alentours de 2800 avant J.-C., c’est à dire, 2200 ans avant Thalès de Milet, considéré comme le premier philosophe d’Occident. 30 000 ans plus tôt, nos ancêtres séparaient l’ocre rouge du fer, dans une grotte du Swaziland. Ils devaient avoir une certaine idée de ce qu’ils étaient en train d’accomplir. Il y avait forcément une sorte de procédé par lequel nos ainés choisissaient ce qui devait être utilisé, dans quel but et à quelle occasion. Ainsi, même avant l’écriture, nous avons une preuve que les Africains étaient animés par des discussions signifiantes à propos de la nature de leur environnement.

Molefi Kete Asante est l’un des universitaires contemporains qui compte le plus grand nombre de publications. Il a écrit plus de soixante-dix livres et plus de 300 articles.
Texte  traduit  de  l’ anglais  par  Iterou  Ogowè.
Pour plus de références : www.asante.net

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